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De violentes bourrasques soulevaient des tourbillons de neige. Jean-Baptiste Boulin progressait difficilement en pestant. « Quelle conne, l’obliger à faire un tel périple ! ». Qu’elle le foute dehors, passe encore, mais elle avait trouvé moyen de mettre sa voiture en panne. Un kilo de sucre dans le réservoir ! Il avait eu beau s’acharner, la Passat n’avait rien voulu savoir. Il n’avait pas vu d’autre solution que de se rendre à pied chez sa sœur à quatre kilomètres de là. Une distance raisonnable, mais pas par ce froid de canard et ce temps de chien ! Il resserra les pans de son loden et remonta son écharpe plus haut sur son nez. Les flocons de neige s’étaient accumulés sur ses cils, ses épais sourcils et sur ses cheveux, déjà dégarnis malgré sa petite quarantaine. Dans la précipitation, il n’avait même pas songé à se coiffer d’un bonnet. Elle était prête à le tuer. Elle s’était emparée d’un grand couteau de cuisine et l’avait menacé en hurlant. Des yeux de folle, une véritable hystérique ! La fuite avait été la seule solution pour sauver sa peau. Il n’avait rien emporté, même pas un slip de rechange pour demain matin. Il était sorti précipitamment ses clés de voiture à la main et elle avait vociféré : « Bon vent, ne remets jamais les pieds ici. Et si tu démarres avec une boîte de sucre dans ton réservoir, tu auras bien de la chance ! ». Puis elle avait claqué violemment la porte et l’avait verrouillée à double tour.

« Quelle conne, non mais quelle conne ! ». Lui qui s’était imaginé une soirée peinarde au coin du feu, il en était pour ses frais. Elle l’avait attaqué directement, dès qu’il avait franchi le seuil de la porte. Elle n’avait prêté aucune attention au bouquet de fleurs hebdomadaire qu’il ne manquait jamais de lui ramener en lui susurrant tendrement à l’oreille : « Rien n’est trop beau pour la femme de ma vie« . Aujourd’hui, il avait acheté douze magnifiques roses rouges. Il les avait posées machinalement sur la commode à côté de la porte sans prononcer un mot, cette fois-ci. Il n’avait même pas eu le temps de retirer son manteau et de mettre ses pantoufles. Juste ôter ses gants et ça, c’était une erreur, car il les avait abandonnés sur le guéridon de l’entrée et n’avait pas pris le temps de les récupérer avant son exode imprévu et forcé. Ses mains étaient glacées maintenant. Il allait les perdre à cause d’elle ! Elles allaient casser tout net, tellement il les sentait congelées. » Jamais je n’aurais cru ça d’elle, quelle conne ! ».

Elle était toujours si calme et si pacifique. Il n’avait vraiment pas anticipé sa réaction sanguine. Habituellement, le vendredi soir, lorsqu’il regagnait le chalet après quatre jours passés à Paris, elle l’accueillait avec joie et bonne humeur et ne manquait jamais de lui préparer un bon petit plat qui embaumait l’atmosphère. Ce soir, pas une odeur dans la maison. Rien sur la gazinière, juste de l’huile sur le feu et quelle huile ! Elle avait tout déballé en vociférant des injures et était sortie l’espace de quelques minutes. Sous le choc, il était resté pantois, planté au milieu de la pièce sans pouvoir réfléchir constructivement, ni effectuer le moindre geste. Une douche froide totalement imprévue. Elle était très vite revenue, s’était emparée du couteau et lui avait encore proféré des insanités. Il ne s’était pas attendu du tout à cette attaque à l’arme blanche non plus. Sa vie était tellement bien organisée et si bien réglée, comment imaginer qu’elle avait pu basculer aussi rapidement à cause d’un malheureux dessin d’enfant ! C’était incroyablement ridicule.  » Bon, se dit-il, demain il fera jour, elle sera revenue sur de meilleurs sentiments, surtout vu son état, mais quelle conne tout de même ! « . Se retrouver à braver la tempête dans la nuit sombre à vingt et une heures était invraisemblable. Déjà une heure de marche dans ce froid glacial et bien qu’il ait perdu un peu ses repères dans cette tourmente hivernale, il pensait être seulement à mi-chemin. Il n’était même pas tout à fait sûr de ne pas avoir dévié du sentier. Les précipitations étaient d’une telle violence que le paysage tout entier semblait balayé au profit d’une immense étendue nébuleuse. Bien difficile de s’orienter dans ces conditions météorologiques désastreuses. Il peinait de plus en plus et sentait ses forces s’amenuiser. Il aimait tant son confort et il n’avait jamais eu l’âme d’un sportif. Un peu de ski pour le loisir par grand soleil, rien de plus. La marche, la randonnée, le vélo, l’escalade, l’équitation, autant d’activités auxquelles s’adonnaient les Hauts-Alpins, n’étaient pas des trucs pour lui. Il était Parisien pure souche. Seules les affaires l’avaient conduit dans le coin et il avait saisi les opportunités au fil des mois pour finir rapidement par s’installer plus ou moins avec elle. Mais elle, elle était du pays justement. Elle connaissait mieux que quiconque les difficultés climatiques du massif en plein mois de novembre ! Jamais elle n’aurait dû le contraindre à cette expédition extrême. Les hormones féminines, probablement… Depuis dix ans, elle était très heureuse comme ça. Pourquoi tout foutre en l’air en quelques secondes sans faire preuve d’aucune ouverture d’esprit ? Avait-elle au moins songé à François Mitterrand ? se demanda-t-il soudainement. Jean-Baptiste Boulin n’avait jamais partagé ses opinions politiques, mais il n’en demeurait pas moins que c’était un grand homme. On peut apprécier les gens sans pour autant adhérer à leur idéologie. C’était ça, la largesse spirituelle. Il fallait voir plus loin que le bout de son nez. Elle allait vite réaliser que cette vérité ne changeait absolument rien. Ce soir, il était resté à quia sous l’effet du choc, mais quand elle sera calmée, il l’endormira de ses charmes, comme il savait très bien le faire. Il trouvera les mots. Jean-Baptiste Boulin était un très beau parleur. Retourner les cerveaux à son avantage faisait partie de son lot quotidien…

Toujours sûr de lui, il était de nature optimiste. Ce soir, il était très en colère et il la rendait responsable de la galère qu’il était en train de vivre sans se remettre en question. Réfléchir sur soi-même ne servait à rien, il préférait de loin laisser la hargne l’animer en se rassurant. Oui, rapidement, elle allait réfléchir et il retrouvera une existence confortable. Fort de cette aspiration, il accéléra le pas. Mais il se trouva soudainement déséquilibré en s’enfonçant dans la neige jusqu’aux genoux et il chuta sur le côté dans la poudreuse. Il maugréa de plus belle en s’évertuant vainement à se relever. Sa cheville droite lui faisait mal. Il avait trébuché sur une pierre recouverte par la neige. À cet instant, il entendit un bruit de clochettes. Étonnant, qui donc pouvait se balader par ici, à cette heure, par un temps pareil ? Mais qu’importe, Jean-Baptiste Boulin y vit immédiatement un espoir. La fin de son calvaire peut-être ? Toujours allongé sur le sol, il tenta de scruter les ténèbres. Il ne vit d’abord rien, mais entendit les tintements se rapprocher. Il aperçut alors une mule. Ses yeux enneigés l’empêchaient de distinguer les détails. Juste une silhouette de bourriquot avec un cavalier flou sur son dos. Un homme ou une femme ? Puis quelles paroles lui parvinrent aux oreilles :

Ohé, Jean-Baptiste Boulin !

Son soulagement fut immédiat. Quelqu’un l’avait reconnu et allait l’aider à sortir de cette galère. Il n’avait pas reconnu spécialement la voix, mais c’était celle d’un homme. Quoique… l’intonation semblait suraiguë et nasillarde. Pas vraiment naturelle. Il examina la curieuse monture. La mule portait autour du cou un seau métallique dont le contenu fumait dans l’air. La forme sur son dos était très étrange. Jean-Baptiste Boulin essaya de fixer son regard à travers le blizzard. Sa vue devait être vraiment troublée. Le maître de l’animal ressemblait à un bonhomme de neige ! Oui, c’était bien cela, un être humain déguisé en bonhomme de neige ! Il paraissait être tout en coton. Entièrement blanc et neigeux avec un masque sur le visage. Jean-Baptiste Boulin ressentit des frissons de trouille le parcourir. C’était quoi ce délire ? Il ne trouva rien à dire et le curieux cavalier reprit :

Vous semblez bien pressé, Monsieur Boulin.

– Pressé, pressé, bien sûr que je le suis, grogna-t-il. Je me rends chez ma sœur et je suis gelé. J’ai hâte de me mettre au chaud. Aidez-moi à me relever et dites-moi qui êtes-vous ? Avec votre accoutrement ridicule, je ne vous reconnais pas. Je ne sais même pas si vous êtes un homme ou une femme. C’est un peu fort, non ? Je sais bien que les bonhommes de neige n’ont pas de sexe, mais tout de même ! Cependant, nous nous sommes visiblement déjà rencontrés. Vous connaissez mon nom. Quel est le vôtre ?

Jean-Baptiste Boulin venait de reprendre espoir. Cet homme ou cette femme était un original, un petit plaisantin, pas dangereux pour autant et, il le connaissait.

Tu ne l’as pas deviné ? Je suis le petit homme blanc des montagnes. C’est moi qui sème la neige sur les hauteurs, et voilà ma mule, la bonne Tempête, qui sait si bien la soulever et la jeter au visage du voyageur.

Maintenant, ça suffit vos idioties, aidez-moi à me remettre debout !

Décidément, vous avez un bien mauvais caractère, monsieur Boulin, reprit le mystérieux homme.

– Mais vous êtes complément givré ! Pas étonnant avec votre déguisement burlesque. Vous vous prenez pour Hibernatus ou quoi ? La plaisanterie a assez duré, je suis en train de mourir de froid au cas où vous ne l’auriez pas remarqué. Je n’ai pas du tout l’esprit à plaisanter. Aidez-moi !

– Vous avez l’air d’avoir de l’argent sur vous. Tout à l’heure je l’entendais tinter dans vos poches à plus de cinq cents pas. Faites-le donc sonner encore un peu. J’aime ce bruit.

 » Bon sang, un vrai cauchemar. Mais c’est qui ce cinglé qui semble sorti d’un autre siècle ? « . Jean-Baptiste Boulin était tout à coup terrorisé. Ce mec était un voleur, il voulait le dépouiller et le tuer ensuite probablement. Il devait prendre les jambes à son cou et fuir, une nouvelle fois dans la soirée. Il rassembla le peu de forces qu’il lui restait pour tenter de se remettre sur ses pieds. Impossible. Ses membres gelés ne répondaient plus. Sa cheville le faisait de plus en plus souffrir. Il se sentait épuisé et l’hypothermie le menaçait. Jamais il n’avait vécu une telle situation de toute sa vie. Tout cela à cause du dessin de cette foutue môme ! Il aurait dû le déchirer séance tenante au lieu de s’abêtir dans sa contemplation et de le foutre dans son portefeuille. Mais comment aurait-il pu imaginer ?

Son assurance et son optimisme innés commençaient à le fuir lamentablement. Le seul moyen de sortir de cet enfer était de marcher dans le sens de cet inconnu désaxé.

– Écoutez, je vous donnerai de l’argent. Deux cents francs, si vous m’aidez à me tirer d’ici. Je n’en peux plus ! Je me suis aussi tordu la cheville dans ma chute et j’ai mal.

Le bonhomme blanc émit un rire de gorge profond et terrifiant avant de reprendre :

– Donnez-moi donc cet argent. Je sais des gens qui en ont bien besoin.

– Mais vous êtes fou à lier, je vous en supplie, aidez-moi. Je vais mourir si vous me laissez comme ça et je ne pourrai pas vous donner de fric. Allez, je monte à cinq cents, mais aidez-moi, par pitié !

– Entre nous, monsieur Boulin, je crois que vous auriez mieux fait de rester chez vous ces jours-ci.

Jean-Baptiste n’en pouvait plus. Il ne comprenait rien aux propos de ce taré. Une violente douleur lui cuisait les poumons. Il avait à présent du mal à respirer. Il chercha désespérément du regard un espoir à l’horizon. Rien, une étendue blanche, des flocons blancs, un vent blanc et ce satané bonhomme blanc, perché sur sa bestiole de malheur.

– Je suis épuisé, murmura-t-il dans un souffle.

– Soit, je vais adoucir tes derniers moments.

La forme blanche tira un long manche du seau fumant, qui pendait autour du cou de la mule et appliqua l’embout sur une joue de Jean-Baptiste Boulin. Les yeux exorbités, celui-ci voulut hurler sous la douleur cuisante, mais aucun son ne put franchir le seuil de ses lèvres exsangues. L’étrange bonhomme de neige recommença son geste, encore et encore en chuchotant sans cesse :

– Piaffe ! Piaffe, ma bonne Tempête.

L’animal faisait voler la neige. Elle recouvrait peu à peu le corps gelé de Jean-Baptiste Boulin. La silhouette blanche releva lentement son masque sur son front et son regard croisa celui de son souffre-douleur.

Dans un dernier sursaut de lucidité, Jean-Baptise Boulin comprit. Des étoiles scintillèrent dans sa tête avec violence, puis il s’évanouit, épuisé par le froid et les multiples brûlures imposées par son bourreau.

La forme blanche détailla le corps presque entièrement enseveli encore quelques instants et elle repartit sur sa mule en chantonnant : « Les avares sont toujours détestés et les cœurs impitoyables n’excitent jamais la pitié ».

  Deux jours plus tard, le dimanche matin, les gendarmes de Saint étienne en Dévoluy découvraient le cadavre de Jean-Baptiste Boulin. Il n’aura plus jamais besoin de slip de rechange.

 

 

 

 

 

 

 

Je serai présente :

– Au 8ème salon du Livre et des Arts de l’Epine (85) les 8 et 9 août 2014 – Salle Salangane – http://salondelepine.free.fr

– Au 25ème salon du Livre Hermillon Savoie (73) les 11 et 12 octobre 2014www.salon-du-livre.fr

Et très heureuse de vous rencontrer.

Je serai présente le samedi 7 juin 2014 à la Maison de la Presse – 55, avenue de la Mer à Ouistreham de 14h30 à 18h30 pour une rencontre avec mes lecteurs.

Décembre 2013. Mon troisième roman est paru ce mois-ci aux éditions Paulo Ramand. Il est diponible sur le site de l’Editeur, sur fnac.com et Chapitre.com. Merci à tous mes lecteurs !

Je serai présente :

–  Au 6ème Salon du Livre et des Arts de L’Epine (85) les 3 et 4 août 2012 – Salle Salangane – http://salondelepine.free.fr

– Au 28ème Salon du livre régional à Blois (41) le 30 septembre 2012 de 10 heures à 18 heures – Cloître de l’Hôtel du Département.

– A l’espace culturel du Centre E. LECLERC d’Etampes (91) le 6 octobre 2012 de 14 heures 30 à 19 heures pour une séance de dédicace

– Au 23ème Salon du livre d’Hermillon (73) les 13 et 14 octobre 2012www.salon-du-livre.fr 

Et très heureuse de rencontrer mes lecteurs.

Dans les années 1970

Journal de mon enfance,

La première fois que j’ai entendu parler de déni de grossesse ou du moins, que j’en ai capté et retenu le terme, je devais avoir aux environs de quatre ans. Elle était avec l’un de ces nombreux hommes. Ils n’avaient de cesse que de défiler à la maison. Il y en avait pour tous les goûts, des jeunes, des vieux, des bruns, des blonds, des roux, des grands, des petits, des gros, des minces, des binoclards, des chauves, des chevelus … Dire que je me rappelle aujourd’hui, vingt ans plus tard, au jour où je décide de mettre mon histoire sur papier au travers de ce journal, du physique du bonhomme en question serait bien présomptueux de ma part. Mais quelle importance ? C’était simplement un parmi tant d’autres. Leur conversation en revanche est restée gravée dans ma mémoire avec une précision très nette. Il m’est possible de la rapporter sans la moindre hésitation :

–         Mais pourquoi donc n’as-tu pas avorté, puisque tu n’en voulais pas de ce moutard !

–         C’est un déni, tu comprends ça, un déni ! Ce môme est un déni !

–          Tu veux dire que tu ne t’es même pas rendu compte que tu étais en cloque ! Alors là, moi j’y crois pas ! Ma femme, quand ça lui est arrivé, elle était plus grosse qu’un ballon de baudruche ! Un bide monstrueux et des nichons énormes !

–         Eh bien moi non, tu vois. C’est comme ça, un déni, ton corps ne se modifie pas du tout. Quand il est arrivé, j’en suis restée scotchée, je n’arrivais pas à réaliser ! C’est comme s’il avait poussé sournoisement en moi, comme une tumeur maligne, une saloperie de cancer qui commence à te faire mal quand il est trop tard !

–         Ben ça alors, tu m’en bouches un coin, Marilyn ! Pourquoi ne pas l’avoir abandonné alors ?

–         Ma frangine, mon idiote de frangine et ses grands principes ! Elle trouve déjà que je n’exerce pas un métier honorable et pour elle, il n’était pas question d’abandonner le gosse. « Tu verras, qu’elle m’a dit, tu n’es pas la première femme à faire un déni et tu ne seras pas la dernière, la plupart de celles qui ont connu ça, deviennent de bonnes mères et adorent leur petit ». Seulement moi non, tu vois ! 4 ans plus tard, je n’ai pas eu le déclic et ce sale morveux de déni m’empoisonne la vie ! Je n’aurais jamais dû l’écouter la frangine !

J’étais dans le couloir, derrière la porte de sa chambre, l’oreille tendue, bloquant ma respiration pour ne pas être surpris et des milliers de pensées tourbillonnaient dans ma petite tête d’enfant. Je n’avais pas tout compris de leur conversation. Ce n’est que bien plus tard, que j’ai pu analyser la teneur de leurs propos imprimés pour toujours dans ma mémoire. Mais, dès lors, je savais deux choses avec certitude. La première était que je voulais qu’elle m’aime et la deuxième, qui venait de m’apparaître clairement, était que j’étais un déni et que ce n’était pas comme ça que l’on m’appelait jusqu’à présent.

Peu de temps après, tantine me parlait de ma première rentrée des classes. C’était pour bientôt. Elle m’a emmené dans les magasins choisir un cartable, une boîte de crayons de couleur et un cahier de dessin. Je me suis rapidement décidé pour un bel ensemble à l’effigie de Bambi. Puis, nous sommes allés acheter des nouvelles chaussures et des vêtements neufs. Elle était toujours gentille avec moi, tantine. Le jour J, c’est elle qui m’a conduit à l’école. Elle avait pris soin de mettre un bon goûter dans mon sac, des Choco BN, une banane et un jus de fruits avec une paille.

C’était une agréable journée de septembre. J’avais fière allure dans mon polo jaune clair, mon bermuda écossais et mon blouson bleu marine. Tantine m’a emmené dans la classe puis, m’a quitté après mille mots rassurants en m’affirmant que ce serait maman qui viendrait me chercher le soir car elle, elle travaillait. Tantine disait toujours « maman », mais moi, je ne pouvais pas l’appeler comme ça. Elle voulait que je dise Marilyn. Alors lorsque je lui parlais, je me pliais à ce désir, mais dans ma tête, je pensais toujours « maman » aussi.

La première journée d’école m’a semblé longue. Toutefois, l’idée que maman vienne me récupérer le soir, m’avait mis du baume au cœur. Les heures que je vivais difficilement au sein de cette maternelle, parmi des enfants qui s’agitaient et qui pleuraient, étaient probablement le gage à payer pour que maman s’intéresse à moi. Elle ne m’emmenait jamais nulle part et ne venait pas plus me chercher où que ce soit. Alors, j’ai pris mon mal en patience et j’ai participé aux activités sans rechigner. Nous avons dessiné, fait de la pâte à modeler et  ce premier jour scolaire a enfin pris fin.

Elle était en retard. Tous les autres jeunes élèves étaient déjà partis. Je les avais vus un à un quitter l’école, sans pouvoir m’empêcher de les envier lorsque leurs mamans respectives les serraient fort dans leurs bras en les couvant de baisers et de regards tendres. Pourtant, aucune de ces mamans n’était aussi jolie que la mienne. Lorsqu’elle est enfin arrivée dans le grand hall de récréation où j’étais surveillé par l’œil impatient de mon institutrice, elle portait une robe blanche avec une ceinture dorée et ressemblait aux belles princesses des contes de fées que me lisait tantine. Elle n’a pas adressé la parole à la maîtresse et m’a simplement lancé sans s’inquiéter, le moins du monde, du déroulement de ma première journée :

–         Allez, on y va. Je suis pressée. J’ai un rendez-vous.

Elle en avait toujours. Elle ne travaillait que sur rendez-vous. J’ai noté, malgré mon jeune âge, l’étonnement qui se peignait sur le visage de l’institutrice. Elle n’a cependant pas révélé le fond de sa pensée et simplement questionné de sa voix douce :

–         C’est ta maman, Denis ?

–         Oui, ai-je répondu timidement alors que maman reprenait :

–         Denis ?

–         Bah oui, vous semblez surprise ? Il m’a dit que c’était ainsi que vous l’appeliez, bien que j’ai remarqué que ce n’est pas le prénom qui figure sur sa fiche d’inscription. Les premières journées d’école sont suffisamment difficiles pour un jeune enfant. S’il a un surnom à la maison autant en faire usage ici aussi.

Maman s’est contentée d’acquiescer d’un léger signe de tête. Elle n’a rien ajouté et lorsque nous nous sommes retrouvés dans la voiture, elle a seulement commenté :

–         Tu sais, je m’en moque ! Si tu veux qu’on t’appelle Denis, pourquoi pas ? C’est plutôt ta tante, qui va être déçue en apprenant ça, car c’est elle qui a choisi ton prénom !

Elle n’a pas fait le rapprochement, pas compris, qu’espérant lui faire plaisir, j’avais affirmé à la maîtresse du haut de mes 4 ans que je m’appelais déni.

Je serais ravie de vous accueillir lors de ma prochaine séance de dédicace qui se déroulera à Ouistreham entre 18h30 et 20h00 :

 

Le mercredi 20 avril 2011

Au Restaurant Riva Bella du centre Thalazur Ouistreham

Avenue du Commandant Kieffer – 14150 Ouistreham

http://ouistreham.thalazur.fr/actualites/212-evenement-litteraire-thalazur-ouistreham


« L’Hôpital rouge » sera en vente à cette occasion à la Maison de la Presse:

55, avenue de la mer – 14150 Ouistreham